Parfois vous m'expliquez votre philosophie :
La vie en tout mêlée à la mort chaque jour.
Mais dans ces vérités mon cœur, qui s'y confie,
Ne voit que notre amour.
Je songe ‒ devenue entre vos mains savante ‒
A ces temps si prochains où chacun de nos corps,
Achevant son destin de matière vivante,
Perdra ses fins ressorts.
Je songe à l'infini des formes successives
Qu'ensuite vêtira chaque atome éternel,
Dans l'avenir, rendu par les âmes pensives
A l'élément charnel.
Peut-être ‒ car les jeux de l'immense Nature
Suivent, m'avez-vous dit, une inflexible loi ‒
Ce qui fut Vous aura quelque étrange aventure
Avec ce qui fut Moi.
De votre être effacé peut-être une parcelle
Rencontrera, là-bas, là-haut, je ne sais où,
Un débris de mon cœur, qui maintenant recèle
Son amour tendre et fou.
Peut-être ‒ c'est, je crois, ce qu'apprend la chimie ‒
Quelque combinaison étroite surviendra :
Un peu de votre cœur au cœur de votre amie
Tout à coup se fondra.
Et la fatalité des effets et des causes,
Bien que cruelle et dure et froide, aura rempli
Ce que serments, aveux, promesses, douces choses,
N'avaient point accompli.