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1896

RENDEZ-VOUS

Jeanne LOISEAU

Parfois vous m'expliquez votre philosophie : La vie en tout mêlée à la mort chaque jour. Mais dans ces vérités mon cœur, qui s'y confie, Ne voit que notre amour.

Je songe ‒ devenue entre vos mains savante ‒ A ces temps si prochains où chacun de nos corps, Achevant son destin de matière vivante, Perdra ses fins ressorts.

Je songe à l'infini des formes successives Qu'ensuite vêtira chaque atome éternel, Dans l'avenir, rendu par les âmes pensives A l'élément charnel.

Peut-être ‒ car les jeux de l'immense Nature Suivent, m'avez-vous dit, une inflexible loi ‒ Ce qui fut Vous aura quelque étrange aventure Avec ce qui fut Moi.

De votre être effacé peut-être une parcelle Rencontrera, là-bas, là-haut, je ne sais où, Un débris de mon cœur, qui maintenant recèle Son amour tendre et fou.

Peut-être ‒ c'est, je crois, ce qu'apprend la chimie ‒ Quelque combinaison étroite surviendra : Un peu de votre cœur au cœur de votre amie Tout à coup se fondra.

Et la fatalité des effets et des causes, Bien que cruelle et dure et froide, aura rempli Ce que serments, aveux, promesses, douces choses, N'avaient point accompli.

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