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1896

PROMENADE SOLITAIRE

Jeanne LOISEAU

Dans les bois frais, en la douceur des nuits, Vous avez seul promené vos ennuis. Dans nos grands bois, sous la lune d'opale, N'avez-vous point entrevu mon front pâle ?

L'air était plein des senteurs du lilas. Vous marchiez seul, pensif et le cœur las. A l'heure où tout sommeille et tout s'apaise, L'ancien amour, est-ce lui qui vous pèse ?

L'esprit peut-être, ou peut-être la chair, Hait en secret ce qui nous est trop cher. C'est la révolte obscure et douloureuse De l'âme, en qui plus d'un gouffre se creuse.

Mystère étrange… Hélas ! notre sein nu Garde à jamais un abîme inconnu. Nous ignorons l'énigme qu'il recèle, Un sceau divin pour nous-mêmes le scelle.

Nous le frappons pour en troubler l'écho : L'écho s'éveille et ne rend qu'un sanglot. Ah ! n'allez plus, ami, dans le bois sombre Des jours perdus compter ainsi le nombre.

N'allez plus seul en nos anciens abris, D'un rêve amer vous y seriez surpris. Non, n'allez plus à cette chère place Sans que mon bras si tendre vous enlace.

Car le Passé, sphinx aux rires railleurs, Nous guette aux lieux qui furent les meilleurs. Et moi, je puis faire encore, ô ma vie ! Un doux Présent pour votre âme ravie.

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