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1896

PAYSAGE D'OCTOBRE

Jeanne LOISEAU

Octobre finit : dans l'allée, La couronne de la forêt, Jaunie et flétrie, est foulée Sous le pied du passant distrait.

A cette parure enlaidie, Dépouille des beaux jours défunts, Par moments la brise tiédie Vient dérober d'âcres parfums.

Dans la plaine, où flotte et se pose Un touchant et dernier rayon, Le laboureur grave dispose La charrue au bout du sillon.

Sur un peuplier, malgré l'heure, Des feuilles frémissent encor ; Un soleil pâle les effleure, Et l'on dirait un arbre d'or.

Les vignes courent, avalanches, Du haut des coteaux jusqu'en bas, Et dressent dans les brumes blanches Leurs milliers de noirs échalas.

Au loin passe une silhouette Au mouvement discret et lent : C'est un chasseur, dont le chien guette Le lièvre en son gîte tremblant.

Les prés, que l'humidité ronge Et colore d'un brun sanguin, Portent en ligne qui s'allonge Les meules hautes du regain.

Et, comme une âme désolée, Là-bas fuit dans le ciel profond La silencieuse volée Des hirondelles qui s'en vont.

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