Pour qui travaillons-nous, ouvriers sans salaire ?
Ah ! le savoir au moins, ce serait bon, pourtant !
Voir le but, quel qu'il soit, rendrait enfin content
Le cœur humain, gonflé d'espoir et de colère.
Si tout n'est pas perdu de l'œuvre séculaire,
Nous lutterons encor, jour à jour, en chantant,
Pour porter jusqu'aux cieux l'édifice éclatant
Du progrès éternel, que le temps accélère.
Hélas ! le besoin vil d'apaiser notre faim,
La lutte pour la vie, est la suprême fin
Vers qui tend tout l'effort de nos âmes hautaines.
L'esprit subtil y va par des chemins divers,
Et, malgré la fierté des visions lointaines,
Nos douleurs sont sans fruit pour l'immense univers.