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1896

LA VOIX DES MORTS

Jeanne LOISEAU

Morts qui dormez, couchés dans nos blancs cimetières, Parfois, en relisant tous vos noms oubliés, Je songe que nos cœurs à vos froides poussières Par des fils infinis et puissants sont liés.

Muets, vous dirigez nos volontés altières ; Par vos désirs éteints nos désirs sont pliés ; Vos âmes dans nos seins revivent tout entières, En nous vos longs espoirs vibrent, multipliés.

Bien que nous franchissions une sphère plus haute, Vos antiques erreurs nous induisent en faute, Nous aveuglant encor malgré tous nos flambeaux. Car le passé de l'homme en son présent subsiste,

Et la profonde voix qui monte des tombeaux Dicte un ordre implacable, auquel nul ne résiste.

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