La Vie est une mort incessamment active ;
Pour exister longtemps il faut périr toujours ;
Chaque instant la détruit, la forme fugitive
Dont la beauté si chère enivre nos amours.
La Mort délivre enfin la matière captive,
Lui rouvrant l'univers et ses vastes séjours :
D'une nouvelle vie, intense et moins chétive,
Elle anime nos corps au terme de nos jours.
Vie et Mort : grands mots creux et mensongers fantômes !
Pleurons-nous aujourd'hui les frémissants atomes
Qui formaient autrefois le sang de notre cœur ?
Où sont-ils ? Dans l'air pur, dans l'herbe, dans les roses…
Et quand la Mort sur nous mettra son doigt vainqueur,
Pourquoi craindrions-nous d'autres métamorphoses ?