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1896

LA FAUVETTE

Jeanne LOISEAU

Quand vous ouvrirez à votre fauvette La cage et le nid désormais déserts, Qui donc chantera pour vous de doux airs ? Qui donc vous mettra tout le cœur en fête

Quand s'envolera la chère fauvette ? Dans les jours de trouble et de dur souci, Elle avait toujours, malgré ses alarmes, Un chant dont le ciel semblait éclairci,

Un chant quelquefois tout trempé de larmes, Dans les jours de trouble et de dur souci. Hélas ! elle était quelque peu farouche, Ne ressemblant guère aux oiseaux privés

Qui vous becquetaient jadis dans la bouche, ‒ Gens de basse-cour, des bourgeois rêvés. ‒ Hélas ! elle était quelque peu farouche. Elle aimait, c'est vrai, le feuillage altier

Où le libre vent siffle quand il passe. N'effleurant jamais le banal sentier, Elle volait haut dans l'immense espace. Elle aimait, c'est vrai, le feuillage altier.

Vous vouliez ses chants sans avoir son âme. Pourriez-vous sentir la tiédeur du feu Sans laisser jaillir et danser la flamme ? La fauvette part au fond du ciel bleu…

Vous vouliez ses chants sans avoir son âme. Mais quand s'ouvriront pour votre fauvette La cage et le nid désormais déserts, Qui donc chantera pour vous de doux airs ?

Qui donc vous mettra tout le cœur en fête Quand s'envolera la chère fauvette ?

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