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1896

L'AMOUR JOYEUX

Jeanne LOISEAU

Quoi ! vous connaissez votre empire, Et vous pouvez être jaloux ! Ami, ma lèvre ne respire Que pour vous.

Quoi ! vous éprouvez ma tendresse, Et vous redoutez l'avenir ! Vous croyez donc que votre ivresse Peut finir ?

Savez-vous que mon cœur frissonne Quand votre front est soucieux ? Mon bonheur s'efface ou rayonne Dans vos yeux.

Un mot de vous change mon âme : Aussi longtemps qu'il vous plaira, Votre souffle de cette flamme Se jouera.

Cher tyran qui prenez ma vie, Vous me la rendez quelquefois : C'est lorsque j'écoute, ravie, Votre voix ;

Ou bien lorsque mon regard plonge Dans votre œil au rayon béni, Et que je m'enivre d'un songe Infini.

J'aime inventer des rimes folles Pour vous les murmurer tout bas ; Vous n'êtes de leurs sons frivoles Jamais las.

Alors qu'ainsi je vous enchante, Quand vous vous inclinez vers moi, Et que le rythme ailé vous chante Mon émoi,

Nous avons le bonheur suprême, Et tous nos désirs superflus Ne demanderaient à Dieu même Rien de plus.

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