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1896

L'ADIEU

Jeanne LOISEAU

Vous partez… Pourtant sur la terre Rien, disiez-vous, n'est vrai qu'aimer. Hélas ! l'attrait d'une œuvre austère Semble aujourd'hui seul vous charmer.

Vous allez, sondant les vieux mondes, Chercher des vérités profondes Parmi leurs poussières fécondes Que vous aurez su ranimer.

L'ardeur de savoir vous entraîne, L'amour n'a pu vous retenir, Et mon bonheur, éclos à peine, Comme un beau songe a dû finir.

Mais, sous les étoiles sans nombre, Dans vos longs soirs sur la mer sombre, Que poursuit donc votre œil, dans l'ombre ?… Est-ce un rêve, ou mon souvenir ?

L'Inde éclatante et formidable Vous livre ses secrets de feu ; Sous le symbole redoutable Vous évoquez l'âme et le dieu.

Mais votre regard qui se lasse Se lève, et se perd dans l'espace… Est-ce mon image qui passe Alors, douce, au fond du ciel bleu ?

L'exil est lourd, la route est dure, Vous affrontez bien des combats ; Quelque dangereuse aventure Vient peut-être entraver vos pas.

Mais une voix tendre et touchante Vous rend l'espoir et vous enchante… Est-ce alors mon amour qui chante Au fond de votre cœur, tout bas ?

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