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1896

ÉTERNEL DÉSIR

Jeanne LOISEAU

Qui donc inventera des syllabes nouvelles, Troublantes pour le cœur comme un parfum pervers, Avec le charme atroce et les douceurs cruelles De nos longs souvenirs en ce vieil univers ?

Qui donc découvrira des mots subtils et rares Dont nos fibres tout bas vibrent à se briser, Puisque le sourd écho de nos langues barbares Ne dit point l'infini du songe et du baiser ?

L'excès de notre ivresse et de notre souffrance Semble animer la voix des forêts et des flots, Mais nous, pour égaler leur sauvage éloquence, Nous n'avons que l'accent éperdu des sanglots.

Oh ! je voudrais trouver des paroles légères Dont le son vague et doux, suave et déchirant, Dise au cœur ce que dit sous les longues fougères La brise qui, le soir, les frôle en murmurant.

Et je voudrais rimer des vers dont la magie Ferait défaillir l'âme, avec l'aigu frisson Qu'éveille, fredonné vers la fin d'une orgie, L'air tant aimé jadis d'une ancienne chanson.

Et je voudrais encore, oh ! je voudrais connaître Un langage disant les infinis regrets Et l'éternel désir de ce qui pourrait être, Du bonheur inconnu qui ne viendra jamais.

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