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1896

ÉCHOS D'AMOUR

Jeanne LOISEAU

Si je n'ai pas l'amour, que m'importe la vie ? Qu'importe au prisonnier la splendeur d'un beau jour ? Quel bien pourrait remplir mon âme inassouvie Si je n'ai pas l'amour ?

Si je n'ai votre cœur, ‒ le vôtre, ô ma chère âme ! ‒ Que m'importe la gloire, enivrante liqueur ? Son nectar à ma lèvre est comme une âpre flamme Si je n'ai votre cœur.

Si je n'ai votre espoir, cher, et votre pensée, Qu'importent mes travaux, sous la lampe, le soir ? Qu'importent mes efforts et ma lutte insensée Si je n'ai votre espoir ?

Si je n'ai vos bonheurs pour enchanter ma course, Qu'importe l'aiguillon des désirs suborneurs ? Toute félicité m'est tarie en sa source Si je n'ai vos bonheurs.

Si je n'ai vos tourments, peu m'importent les larmes Que versent ici-bas les douloureux amants : L'ineffable pitié même est pour moi sans charmes Si je n'ai vos tourments.

Si je n'ai vos fiertés, qu'importe qu'on me blesse ? Qu'importent les dédains par avance acceptés ? Tous les souffles amers courberont ma faiblesse Si je n'ai vos fiertés.

Si je n'ai vos aveux à répéter en rêve, Qu'importe que la nuit vienne au gré de mes vœux, Sous les astres, chanter son doux hymne sans trêve, Si je n'ai vos aveux ?

Si je n'ai votre amour, que m'importe la tombe ? Qu'importent tous mes ans moissonnés sans retour ? Que le sépulcre s'ouvre, ô cher, et que j'y tombe Si je n'ai votre amour !

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