Si je n'ai pas l'amour, que m'importe la vie ?
Qu'importe au prisonnier la splendeur d'un beau jour ?
Quel bien pourrait remplir mon âme inassouvie
Si je n'ai pas l'amour ?
Si je n'ai votre cœur, ‒ le vôtre, ô ma chère âme ! ‒
Que m'importe la gloire, enivrante liqueur ?
Son nectar à ma lèvre est comme une âpre flamme
Si je n'ai votre cœur.
Si je n'ai votre espoir, cher, et votre pensée,
Qu'importent mes travaux, sous la lampe, le soir ?
Qu'importent mes efforts et ma lutte insensée
Si je n'ai votre espoir ?
Si je n'ai vos bonheurs pour enchanter ma course,
Qu'importe l'aiguillon des désirs suborneurs ?
Toute félicité m'est tarie en sa source
Si je n'ai vos bonheurs.
Si je n'ai vos tourments, peu m'importent les larmes
Que versent ici-bas les douloureux amants :
L'ineffable pitié même est pour moi sans charmes
Si je n'ai vos tourments.
Si je n'ai vos fiertés, qu'importe qu'on me blesse ?
Qu'importent les dédains par avance acceptés ?
Tous les souffles amers courberont ma faiblesse
Si je n'ai vos fiertés.
Si je n'ai vos aveux à répéter en rêve,
Qu'importe que la nuit vienne au gré de mes vœux,
Sous les astres, chanter son doux hymne sans trêve,
Si je n'ai vos aveux ?
Si je n'ai votre amour, que m'importe la tombe ?
Qu'importent tous mes ans moissonnés sans retour ?
Que le sépulcre s'ouvre, ô cher, et que j'y tombe
Si je n'ai votre amour !