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1896

DEUX VOIX

Jeanne LOISEAU

Si quelquefois à ma fenêtre Je reste un moment à songer, Quand le jour vient de disparaître Et qu'au fond du ciel on voit naître

La blanche étoile du berger ; A cette heure calme et bénie, C'est que j'aime entendre dans l'air Monter la rumeur infinie

De Paris, confuse harmonie, Semblable à celle de la mer. Ce bruit, fondu par la distance, De tant de voix, de tant de pas,

Est-ce un chant ? une plainte immense ? Je ne sais… J'écoute, et je pense Au flot bleu qui brise là-bas. Si quelquefois sur la falaise,

En été, je reste à rêver, Lorsque le vent du soir s'apaise Et n'est plus qu'un souffle, qui baise Nos cheveux sans les soulever,

C'est qu'à mes pieds l'Océan gronde, Éternellement agité, Et qu'au murmure de son onde Je songe à la clameur profonde

Montant d'une grande cité. Océan, que nous veux-tu dire ? Sont-ce là des hymnes, des cris ? L'âme du monde qui soupire ?

Je ne sais… J'écoute, j'admire, Et je me souviens de Paris. O vaste mer ! ô ville immense ! Mes deux muses, mes deux amours,

Ne gardez jamais le silence ! Je me tais en votre présence, Mais vous, pour moi, parlez toujours !

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