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1896

DANS LA FORÊT

Jeanne LOISEAU

Tout tremble à la fois. Les bois ont la voix De l'onde. Dans son lit amer

Ainsi geint la mer Profonde. J'écoute… Le vent Dans le pin mouvant

S'engouffre. Tel se plaint le flot, C'est bien le sanglot Du gouffre.

L'âpre souffle mord Le hêtre et le tord Sans peine, Puis s'en va, hurlant,

Rendre tout tremblant Le chêne. Dans ces hauts abris, On dirait les cris,

Très aigres, Des mâts de vaisseaux, Qui sont sur les eaux Si maigres.

Les sombres taillis Sont tous assaillis, O lutte ! Par des vents diserts,

Y jouant des airs De flûte. Doux, tendres, puissants, Les bruits incessants,

En foule, Se mêlent sans chocs. Ainsi pleure aux rocs La houle.

O grand univers ! Tes échos divers, Pour l'âme, Ont la même voix :

Les gouffres, les bois, La lame. Que nous disent-ils Dans leurs chœurs subtils ?

Qu'importe ! Ce n'est qu'un vain bruit, Et le vent qui fuit L'emporte.

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