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1896

A LECONTE DE LISLE

Jeanne LOISEAU

Vos vers, ‒ vos vers si beaux ! ‒ qui sous notre paupière Font, dans les soirs pensifs, monter des pleurs sacrés, Sont fiers, purs et puissants comme ces dieux de pierre Que d'un suprême orgueil la Grèce avait parés.

Incompris de la foule, à des lèvres vulgaires Ils n'ont point appelé de faciles sanglots. Les douleurs dont votre âme a pu saigner naguères N'obscurcissent jamais leurs sublimes tableaux.

L'égoïsme d'un cœur qu'un âpre amour déchire Y chercherait en vain des baumes fraternels, Car ils ne daignent pas regretter ni maudire Vos vers d'airain chantant sous les cieux éternels.

Sur la fuite des jours et le néant des choses Ils construisent en paix leur songe de beauté, Et l'esprit ignorant les invisibles causes Ne connaîtra jamais le prix qu'ils ont coûté.

Mais l'âme qu'enchanta leur ivresse profonde Voit, sous la majesté des impassibles vers, Palpiter l'idéal invincible du monde Et ruisseler les pleurs de ce vieil univers.

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