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1894

LA PLAINTE DU BILLARD

Maurice Étienne LEGRAND

Vert comme tes yeux, ô mon amie, vert comme les herbes, Le triste billard prononce ces paroles acerbes : Oh ! j'ai le dégoût d'être vert ; Ce vert m'écœure et m'exaspère ;

Je voudrais être violet, Violet comme les violettes. Je voudrais encore être bleu, Bleu, ou même rose, enfin n'importe,

Ce que je voudrais, voyez-vous, c'est changer un peu : Ce doit être si amusant de suivre la mode. Mais porter toujours la même livrée ; N'avoir rien qu'une robe, comme une pauvresse ;

Et sous ce vilain vêtement vert dont on m'affuble, Si vous saviez combien j'ai conscience d'être ridicule. On me dit bien que les messieurs de l'Académie, Et encore les messieurs des Eaux et Forêts,

Portent aussi un habit vert : c'est peut-être vrai ; Mais ils ne le mettent que pour les cérémonies ; Et moi, je ne me déshabille jamais. Les bois, les prés, consultez tous les agronomes,

Verts au printemps, jaunissent à l'automne ; Été, printemps, automne, hiver, Je reste éternellement vert. Eh bien ! c'est à Monsieur Vigneaux que j'irai me plaindre ;

Il est gentil, lui, il me fera teindre ; Et alors je pourrai me promener sur les boulevards Sans qu'on me remarque.

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