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1894

LA MAÎTRESSE QUE JE PRENDRAI

Maurice Étienne LEGRAND

La maîtresse que je prendrai sera très bète : Les femmes d'esprit, ça nous fait trop mal à la tète. Elle ne sera pas même de la Société des Gens de lettres, Et elle n'aura jamais été institutrice, peut-être.

Et alors elle ne m'appellera pas son cher poète, Et elle ne recopiera pas mes vers à l'encre violette. Mais je me complairai, en d'exquises délices, à reconnaître Qu'elle manque totalement, oh ! mais totalement, de lettres.

Et nous ferons très gentiment tous les deux la petite fête, Sans dépasser d'ailleurs, bien entendu, les bornes honnêtes. Et ainsi nous nous serons aimés bêtement, comme les bêtes : Et puis, après tout, ça n'est pas déjà si bête.

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