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1894

L'IRRÉSOLU

Maurice Étienne LEGRAND

Oh ! tant de fois je suis entré Dans des cafés du boulevard Où l'on parcourt d'un œil distrait Les Illustrés

Ou le journal que dirige Monsieur Hébrard. Et j'apercevais comme en un lointain les longues files Des bouteilles, les bouteilles des chers liquides. Roseurs des roses guignolets,

Et pâleur des absinthes vertes — C'est trop et cela déconcerte — Toutes me voulaient, m'appelaient ; Yeux innombrables fixés sur moi,

Comment me sortir de ce doute : Moi, je les aurais voulues toutes, Sur qui donc arrêter mon choix ? Toutes, toutes ! mais — et mon hygiène ?

Nulle pourtant à qui j'ose causer des peines… Alors, sans rien entendre, sans rien voir, Je partais avec un long geste de désespoir, Sous l'œil courroucé de la demoiselle du comptoir,

Qui range méthodiquement Les petits morceaux de sucre, Tout en computant le lucre De l’établissement.

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