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1894

BIFUR

Maurice Étienne LEGRAND

Par une nuit, triste nuit sans astres ni lune, Je partirai, portant sur moi toute ma fortune, Et la gare sera quelqu'une. Vois-tu l'implacable bifur ?

Je veux aller loin, très loin, et loin plus encore, Et que mon absence édulcore L'amertume des mandragores. Je vois l'implacable bifur.

Oh ! qui me délivrera de ce doute ; Oh ! qui me montrera la route Dont nul rancoeur ne nous déboute ? Partout l'implacable bifur.

C'est le perpétuel recommencement des locomotives, On part, on va, on vient, et, quand on arrive, On trouve que ce n'était guère la peine, en définitive. Toujours l'implacable bifur.

Haute-Loire, Charente-Inférieure, Nièvre, Cantal, Orne, Départements, Départements, comme c'est morne ! Alors quoi ? Asseyons-nous et pleurons sur quelque borne. Le voilà bien, l'implacable bifur.

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