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1884

V

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

Ô mornes yeux ! Lèvre pâlie ! J'ai dans l'âme un chagrin amer. Le vent bombe la voile emplie, L'écume argente au loin la mer.

J'ai dans l'âme un chagrin amer : Voici sa belle tête morte ! L'écume argente au loin la mer, Le Praho rapide m'emporte.

Voici sa belle tête morte ! Je l'ai coupée avec mon kriss. Le Praho rapide m'emporte En bondissant comme l'axis.

Je l'ai coupée avec mon kriss ; Elle saigne au mât qui la berce. En bondissant comme l'axis Le Praho plonge ou se renverse.

Elle saigne au mât qui la berce ; Son dernier râle me poursuit. Le Praho plonge ou se renverse, La mer blême asperge la nuit.

Son dernier râle me poursuit. Est-ce bien toi que j'ai tuée ? La mer blême asperge la nuit, L'éclair fend la noire nuée.

Est-ce bien toi que j'ai tuée ? C'était le destin, je t'aimais ! L'éclair fend la noire nuée, L'abîme s'ouvre pour jamais.

C'était le destin, je t'aimais ! Que je meure afin que j'oublie ! L'abîme s'ouvre pour jamais. Ô mornes yeux ! Lèvre pâlie !

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