Oui ! le dogme terrible, ô mon cœur, a raison.
En vain les songes d'or y versent leurs délices,
Dans la coupe où tu bois nage un secret poison.
Tout homme est revêtu d'invisibles cilices ;
Et dans l'enivrement de la félicité
La guêpe du désir ravive nos supplices.
Frémirons-nous toujours sous ce vol irrité ?
N'arracherons-nous point ce dard qui nous torture ?
Ni dans ce monde, ni dans notre éternité.
La vieille Illusion fait de nous sa pâture ;
Nul captif n'atteindra le seuil de sa prison ;
Et la guêpe est au sein de l'immense nature.
Oui ! le dogme terrible, ô mon cœur, a raison.