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1862

Le Conseil du Fakir V

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

Il sort, et Mohammed regarde fixement Cette femme au front ceint de grâce et de noblesse, Si calme à son côté, si belle en sa faiblesse, Et dont l'œil jeune et pur brille si doucement.

Il sourit sous le joug de cet être charmant, Vieux tigre résigné qu'un enfant mène en laisse, Et repousse bien loin le soupçon qui le blesse : Quelle bouche dit vrai, si cette bouche ment ?

Ah ! s'il pouvait, au fond de ce cœur qu'il ignore, Lire ce qu'il désire et redoute à la fois, Ou le faire vibrer comme un métal sonore ! Mais il aime, et voici, tel qu'aux jours d'autrefois,

Qu'il sent courir en lui, chauffant sa rude écorce, Le sang de sa jeunesse et le sang de sa force.

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