Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Dans le Vide éternel interrompant son rêve, L'Être unique, le grand Taaroa se lève. Il se lève, et regarde : il est seul, rien ne luit. Il pousse un cri sauvage au milieu de la nuit :
Rien ne répond. Le temps, à peine né, s'écoule ; Il n'entend que sa voix. Elle va, monte, roule, Plonge dans l'ombre noire et s'enfonce au travers. Alors, Taaroa se change en univers :
Car il est la clarté, la chaleur et le germe ; Il est le haut sommet, il est la base ferme, L'œuf primitif que Pô, la grande Nuit, couva ; Le monde est la coquille où vit Taaroa.
Il dit : — Pôles, rochers, sables, mers pleines d'îles, Soyez ! Échappez-vous des ombres immobiles ! — Il les saisit, les presse et les pousse à s'unir ; Mais la matière est froide et n'y peut parvenir :
Tout gît muet encore au fond du gouffre énorme ; Tout reste sourd, aveugle, immuable et sans forme. L'Être unique, aussitôt, cette source des Dieux, Roule dans sa main droite et lance les sept cieux.
L'étincelle première a jailli dans la brume, Et l'étendue immense au même instant s'allume ; Tout se meut, le ciel tourne, et, dans son large lit, L'inépuisable mer s'épanche et le remplit :
L'univers est parfait du sommet à la base, Et devant son travail le Dieu reste en extase.
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