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1862

La Chute des Étoiles

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

Tombez, ô perles dénouées, Pâles étoiles, dans la mer. Un brouillard de roses nuées Émerge de l'horizon clair ;

A l'Orient plein d'étincelles Le vent joyeux bat de ses ailes L'onde que brode un vif éclair. Tombez, ô perles immortelles,

Pâles étoiles, dans la mer. Plongez sous les écumes fraîches De l'Océan mystérieux. La lumière crible de flèches

Le faîte des monts radieux ; Mille et mille cris, par fusées, Sortent des bois lourds de rosées ; Une musique vole aux deux.

Plongez, de larmes arrosées, Dans l'Océan mystérieux. Fuyez, astres mélancoliques, O Paradis lointains encor !

L'aurore aux lèvres métalliques Rit dans le ciel et prend l'essor ; Elle se vêt de molles flammes, Et sur l'émeraude des lames

Fait pétiller des gouttes d'or. Fuyez, mondes où vont les âmes, O Paradis lointains encor ! Allez, étoiles, aux nuits douces,

Aux cieux muets de l'Occident. Sur les feuillages et les mousses Le soleil darde un œil ardent ; Les cerfs, par bonds, dans les vallées,

Se baignent aux sources troublées ; Le bruit des hommes va grondant. Allez, ô blanches exilées, Aux cieux muets de l'Occident.

Heureux qui vous suit, clartés mornes, O lampes qui versez l'oubli ! Comme vous, dans l'ombre sans bornes, Heureux qui roule enseveli !

Celui-là vers la paix s'élance : Haine, amour, larmes, violence, Ce qui fut l'homme est aboli. Donnez-nous l'éternel silence,

O lampes qui versez l'oubli !

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