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1914

SUR UN LIVRE BRETON

Charles LE GOFFIC

Tel que ces fines cassolettes Des bazars de Smyrne et d’Oran, Où court en minces bandelettes Une sourate du Coran :

Du sachet vidé sur la flamme Montent des parfums floconneux, Subtils et pervers comme l’âme Du vieux pays qui dort en eux.

Tel, en sa grisante fragrance, Votre livre, ami, m’a rendu Groix, Trégastel, la molle Rance Et les joncs roses du Pouldu.

La mer s’éveille au long des cales. Voici Saint-Pol, Vannes, Tréguier, Les pâles villes monacales ; Roscoff assis sous son figuier ;

Et Morlaix, la vive artisane ; Guingamp, qui, fidèle à son duc, Montre maint coup de pertuisane Aux trous de son manteau caduc ;

Penmarc’h, désolé par Brumaire ; Auray la sainte ; Erg au flot blanc, Et Lannion, qui fut ma mère Et que mon cœur nomme en tremblant…

Ô genêts d’or de Lannostizes ! Les sources sanglotent. Là-bas, J’entends frémir sur les cytises Les abeilles du Bourg-de-Batz.

Et c’est ton âme triste et douce, Toute ton âme, ô mon pays, Qui pleure ainsi parmi la mousse Et chante ainsi dans les taillis.

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