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1914

SUR LA BEIGNE

Charles LE GOFFIC

Nous sommes partis ce matin, Sans savoir où, pédétentin, Au diable ! J’en étais moi-même effaré,

Tant la route avait un air e- ffroyable ! Des flaques, de la boue, et puis Un ciel noirâtre comme un puits

De mine, Ce ciel mi-breton, mi-normand, Qui fait perpétuellement La mine.

Ajoutez, surcroît de malheur, Nous crachant au visage leur Décharge, Sur nos côtés, sur nos devants,

Le tourbillon des âpres vents Du large ! Mais, si noir, si triste et si laid Que fût le chemin, il fallait

Voir comme Nous étions, quoique fatigués, Gais, très gais, énormément gais En somme !

Nanette a des goûts vagabonds. Qui la poussent par sauts et bonds, Sans crainte Que son pied ne heurte un caillou

Qui l’érafle, qui l’éraille ou L’éreinte. Moi-même j’ai, pour ces jours-là, Outre mon béret de gala.

Des bottes, Qui ne m’abandonnent jamais Dans le cours sinueux de mes Ribotes.

Or, tandis que nous dévalons Par les taillis et les vallons Que baigne, Jusqu’à son prochain confluent.

De son flot visqueux et gluant, La Beigne, Nous faisons, comme des marmots, Des phrases sans queue et des mots

Sans tête, Moi, lui disant : « Turlututu ! » Elle, me répondant : « Que tu Es bête ! »

Ainsi vont nos pas imprudents. Qu’importe qu’on patauge dans La boue ? Quand on a le cœur plein d’azur.

Qu’importe un soufflet du vent sur La joue ?

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