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1914

SOIRS DE SAINT-JEAN

Charles LE GOFFIC

Terre de la nuance et des métamorphoses ! Quel voile délicat s’est posé sur les choses Et donne au ciel ce ton mourant des fleurs de lin ? Est-ce à Saint-Qille, au Huelgoat, à Qoudelin ?

Le paysage, avec sa lande et son église, Dans l’air ambré du soir se spiritualise Et, vaporeux, atténué comme un pastel, Semble flotter vraiment aux confins du réel.

Aucun souffle n’émeut cet impalpable tulle. Et, cependant qu’à pas feutrés le crépuscule Descend le chemin creux qui mène vers l’étang, Le silence avec lui glisse, plane et s’étend.

Est-ce à Gurunhuel, à Botmeur, à Crozon ? Du soleil qui chavire au ras de l’horizon. Tel un brick torpillé dont la membrure éclate, L’adieu s’exhale en jets de soufre et d’écarlate.

Puis tout s’éteint et tout s’apaise par degrés. Un fin croissant de lune argenté les Arrhés Et découpe en plein ciel leurs graves silhouettes, Qui rêvent dans le soir au bord des eaux muettes.

Et c’est comme une attente et c’est comme un secret. Les couples se sont tus sur la route : on dirait, A l’obscure langueur qui soudain les pénètre. Que quelque chose d’infiniment doux va naître.

On ne voit plus l’église, on ne voit plus la lande. Est-ce à Trédrez, à Guéradur, à l’Île-Grande ? Un sel subtil se mêle à l’acre odeur du foin. Maintenant c’est la nuit, la molle nuit de juin,

Blonde comme un verger, tiède comme une alcôve. Vers l’ouest traîne un dernier lambeau de clarté mauve… Hosanna ! Car voici que sur les monts d’argent Pétillent, flambent, les bûchers de la Saint-Jean.

Leurs feux jusqu’à Roscoff étoilent la campagne Et, priant ou chantant autour d’eux, la Bretagne Sent, en ce premier soir du solstice d’été. S’épanouir la fleur de sa mysticité.

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