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1914

PAPILLONS DE MER

Charles LE GOFFIC

On les voit s’en venir en bandes, À la prime aube, tout le long, Le long des palus et des landes, Glissant de-ci, de-là, selon

Leur humeur folâtre et changeante. Et tout bleus dans le matin blond. Ô les dunes que l’aube argente ! Les genêts fleuris qu’un par un

Frôle leur aile diligente ! Et, là-bas, couchés dans l’embrun, Sous leur fourrure d’algues lisses, Les lourds rochers de granit brun !

C’est l’heure pleine de délices, L’heure où s’épanche en larmes d’or La rosée au fond des calices ; Et c’est l’heure, plus douce encor,

Où le premier flot monte et lèche Vos pieds blancs, grèves de l’Armor. La brise du large est si fraîche ! Il fait si doux, si bon, là-bas

Où les courlis sont à la pêche ! Et voilà, sans autres débats, Nos lutins partis en maraude Du côté d’Erech ou de Batz.

Longtemps sur la mer d’émeraude, Ainsi que des bleuets ailés, Leur vol incertain tremble et rôde. Mais ceux qu’une lame a frôlés

Sentent bientôt l’éclaboussure Alourdir leurs corps fuselés. Même au temps où juillet azure Ses remous et ses tourbillons,

La mer est changeante et peu sûre. Déserteurs des calmes sillons, Vous êtes pareils à mes rêves. Papillons bleus, ô papillons !

Luise quelque aube aux clartés brèves Penchant ses yeux meurtris et doux Sur le glauque miroir des grèves, C’est assez pour eux et pour vous :

Leur cavalcade trébuchante Coupe l’infini de bonds fous. Ils vont ! Ils vont ! La vague chante Sous leur essor aventureux…

Papillons de la mer méchante, j’ai peur pour vous, j’ai peur pour eux !

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