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1914

LES TROIS MATELOTS DE GROIX

Charles LE GOFFIC

C’étaient trois matelots de Groix. Ils étaient partis tous les trois Pêcher la sole : Les pauvres garçons n’avaient pas

Plus de sextant que de compas Et de boussole. — Ah ! disait l’un, voici l’hiver ! Les hirondelles ont ouvert

Leurs ailes souples, Et bientôt, dans le ciel changeant, On verra les pluviers d’argent Filer par couples.

— L’hiver ! dit l’autre, hélas à nous ! Si je vous montrais mes genoux, C’est une plaie. Mon pauvre corps est tout perclus,

Et du coup je ne pourrai plus Tenir la baie. Et le troisième repartit : — Notre navire est bien petit,

Ô bonne Vierge, Mais à votre église d’Auray, Sitôt débarqué, je ferai Cadeau d’un cierge.

Ainsi causaient parmi les flots, Debout au vent, les matelots, Quand une lame Emporta le premier des trois.

Il fit le signe de la croix Et rendit l’âme. L’autre, en tombant du haut du mât, Fut, avant qu’il se ranimât,

Happé dans l’ombre Par un poulpe aux yeux de velours, Qui tendait au ras des flots lourds Ses bras sans nombre.

Il a suffi d’un humble ave Pour que le cadet fût sauvé Du flot barbare, Et ce matin les bons courants

L’ont ramené chez ses parents Dans sa gabare.

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