À Plomeur, raides sous leur mitre, En plastrons d’or vert, jaune ou roux, Les Bigoudens, sur le placitre, Tournent au son des binious…
D’où viennent-elles, ainsi faites, Avec leur face sans méplats Et les disques qu’aux jours de fêtes Elles collent sur leurs seins plats ?
L’immobilité de leur masque Fait paraître encor plus lointains, Dans l’aigre et sonore bourrasque, Leurs yeux vaguement thibétains.
Peut-être qu’au temps où la Gaule Châtiait l’orgueil d’Attila, Un débris de tribu mongole Vint à la nuit s’échouer là.
C’était un plateau solitaire, Un grand cap triste du Ponant, Perdu tout au bout de la terre, Sous un ciel bas et frissonnant.
Quand l’œil des fuyards, dans la brume, Put l’explorer le lendemain Un mur circulaire d’écume Partout leur barrait le chemin.
Partout la mer, la mer sans borne ! Son sel corrodait l’eau des puits. Et, campés sur leur grand cap morne, Ils n’en ont pas bougé depuis.
Ils vivent dans cette ouate blême Les bras croisés sous leurs mentons, Chrétiens, au moins par le baptême, Et, par la langue, Bas-Bretons.
Mais l’âme ancestrale persiste Et c’est toujours comme autrefois Le vieil Orient fataliste Qui stagne en leurs crânes étroits.
C’est lui qui charge leurs corps frustes D’or jaune ou vert ou cramoisi Et qui déroule sur leurs bustes Une Genèse en raccourci ;
Et lui qui, sur le front de nacre Des vierges encor dans l’avril, Plante l’obscène simulacre D’un minuscule nerf viril…
Ô filles des hordes camuses Qui meurtrirent les champs latins, Bigoudens, en vos cornemuses Hennissent des poneys lointains.
Vous plongez au profond des âges ; Dans votre Orient fabuleux Vous aviez déjà ces visages Ronds et ces crins aux reflets bleus ;
Sous des toits portés par des hampes Et taillés dans des peaux d’élans, Vos yeux retroussés vers les tempes S’ouvrirent voici deux mille ans ;
Et, près des flots lourds endormies, Vous avez l’air, dans vos draps d’or, D’une peuplade de momies Terrée aux confins de l’Armor.
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