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1914

ANNE-MARIE

Charles LE GOFFIC

Elle est née un joli dimanche de printemps. Son père qui croyait en Dieu, comme au bon temps, Et sa mère, cœur simple et plein de rêverie, Pieusement l’avaient nommée Anne-Marie,

Du nom, choisi par eux entre les noms d’élus, Des deux saintes du ciel qu’ils vénéraient le plus. Car en Basse-Bretagne on prétend que ces saintes, Quand le terme est venu pour les femmes enceintes,

Se tiennent en prière aux deux côtés du lit. L’une pose un baiser sur le front qui pâlit Ou d’un flocon de pure et fine ouate étanche Le ruisseau de sueur qui coule sur la hanche ;

L’autre, tout occupée avec l’enfantelet, Bordant les bons draps blancs sur ses membres de lait, L’enveloppe, âme et corps, dans un réseau de joie ; Et toutes deux ainsi, sans qu’un autre œil les voie

Que celui de la mère et celui de l’enfant, Vont et viennent, du lit au berceau, réchauffant Les petits pieds, calmant un cri d’une caresse, Et rien, dégoût, fatigue, amertumes, serait-ce

Au fond d’un taudis sombre et nu, ne les retient. Si la femme est honnête et si l’homme est chrétien.

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