Je hais ces temps nouveaux, ces choses éphémères !
J'ai rêvé d'habiter le silence et la paix
Sous un vieux toit d'aïeul, entre des murs épais.
Hauts et fiers, tapissés du travail des grand'mères.
Les chênes de cent ans sont trop jeunes pour moi.
Lorsque je veux prier, songer, chanter à l'ombre.
Je hais les bruits du peuple et ses décrets sans nombre ;
J'étais fait pour vieillir sous une seule loi.
Or, marchant sur du sable et combattu sans trêves.
Pour arme et pour appui n'ayant que des roseaux,
J'ai vu crouler nos lois plus vite que mes rêves
Et nos maisons durer moins que les nids d'oiseaux.
Donc, cette foule et moi nous vivons sous la tente !
Eux brisant tout, jetant leurs souvenirs au feu,
Stupides, enivrés de l'orgueilleuse attente
D'un paradis sur terre et de l'homme fait Dieu.
Leurs savants nous ont dit qu'ils domptaient la nature,
La forçant de servir à ce bonheur charnel…
Passons ! laissons en bas cette sagesse impure
Conquérir l'éphémère !… et cherchons l'éternel.
Peut-être en condamnant à ces cages de toiles
Moi l'enfant du granit et des profonds manoirs,
Dieu voulut préparer, dans la clarté des soirs,
Un plus facile essor de mon âme aux étoiles.
Des choses de ce temps il m'a donné l'ennui,
Il fit autour de moi tout vain et tout fragile,
Pour qu'avec moins d'efforts, en m'élançant vers lui,
Je repousse du pied cette prison d'argile.