Jamais beau ciel d'avril plus riche de lumière, Par delà ses flots d'or n'a montré tant d'azur ; Des horizons jamais plus sereine atmosphère N'a tracé le profil si lointain et si pur.
Respirons à loisir la brise calme et chaude Avec la fine odeur des feuillages légers ; La plaine est un tapis de velours émeraude Et les pommiers en fleurs argentent nos vergers.
De la terre en travail pas un cri ne s'élance. Las du bruit, à l'étroit dans les noires cités, Je viens avec amour aspirer ce silence, Et remplir mon regard de ces immensités.
Je vais ! à chaque pas d'un souci je m'allège ; Je monte, inconscient, du côté du soleil. Au pied des sommets noirs encor tachés de neige Les pêchers ont rougi sur le coteau vermeil.
J'exhale, en respirant, ma dernière amertume ! La douce humeur de l'air pénètre mon cerveau ! Dans le sol et dans moi la chaleur se rallume, Un monde y recommence avec le renouveau.
La nature et mon cœur entrent tous deux en sève ; L'idée y va fleurir comme ces blés épais. La germination de la graine et du rêve S'accomplit fortement à travers cette paix.
Je sens, au seul parfum du sentier où je passe, L'ardent travail des bois, des vignes, des buissons. Mille ferments de vie ont parcouru l'espace Et tout s'est fait sans bruit, hormis quelques chanson
Et moi je m'associe à ces vertus tranquilles ! Je n'ai plus ni terreur, ni doute impatient ! J'ai dépouillé la haine en m'éloignant des villes. Et je souris d'amour au monde souriant.
Soulevé sans effort vers ces hauteurs que j'aime, Loin du perplexe ennui qui m'agitait là-bas. Je m'assieds dans l'azur au-dessus de moi-même Et j'assiste impassible à mes propres combats.
De toutes parts, à flots, l'infini me pénètre, Avec ces frais parfums, ces limpides couleurs ! Toutes ces puretés s'infusent dans mon être, Je vis à l'unisson des astres et des fleurs.
Je vais, libre comme eux d'espérance et de crainte. Vers le but invisible emporté par l'amour ; J'embrasse l'éternel d'une si forte étreinte, Que je ne sens plus rien de mes chaînes d'un jour
J'adhère à vous, splendeurs ! en vous je me repose. Clartés, beautés, vertus ! je vous attire en moi. Et quand tu le voudrais, source de toute chose, Tu ne pourrais, grand Dieu, me séparer de toi
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