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1864

Prologue

Victor LAPRADE

Verbe endormi dans la nature, Esprits muets au fond des bois, Âmes qui n’avez qu’un murmure, Prenez dans mes vers une voix.

Esprits du chêne, esprits des roses, Prés en fleurs, sables désolés, Lacs souriants, rochers moroses, Petits bluets sous les grands blés,

Parlez ! Échos des invisibles mondes Qu’on découvre sur les hauteurs, Sourd travail des âmes profondes,

Hymnes sacrés sans auditeurs, Pensers dont les mots sont à naître, Noms perdus ou renouvelés, Voix de l’enfant et de l’ancêtre,

Temps futurs et temps écoulés, Parlez ! Sentiments qu’à peine on s’avoue, Qu’on chérit sans les définir,

Que trahit le feu de la joue Si le cœur les veut retenir, Visions douces et fatales, Beaux rêves trop tôt envolés,

Soif des voluptés idéales, Espoirs trop longtemps refoulés, Parlez ! Vérités que la foule insulte,

Indignations des grands cœurs, Décrets de la justice occulte, Dressez-vous contre les vainqueurs ; Rayons de la nouvelle aurore,

Levez-vous sur nos temps troublés ; Douleurs des martyrs qu’on ignore, Voix des vaincus, des exilés, Parlez !

Esprits cachés, esprits sans nombre, Arbres émus, cœurs palpitants, Qui murmurez, tout bas, dans l’ombre, Des accords discrets que j’entends,

Terre qui vit, âme qui pense, Soupirs de partout rassemblés, Voix fécondes, voix du silence Dont les lieux déserts sont peuplés,

Parlez !

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