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1877

PETITS INGRATS

Victor LAPRADE

Petits ingrats, mauvaises têtes, Méchants que je ne veux plus voir, Savez-vous le mal que vous faites Lorsque vous manquez au devoir ?

Sitôt que vous n’êtes pas sages, Nos amis, de très bonne foi, M’accablent de tristes présages Sur vous tous et même sur moi.

« Je vous rends de mauvais services J’ai gâté ces vilains enfants ; Je suis cause de tous vos vices… » À peine si je me défends !

Je cherche, au dedans de moi-même, À m’excuser sur quelque point ; Pour quelles raisons je vous aime ?… Et, vraiment, je n’en trouve point.

Vous travaillez avec paresse, Vous êtes grognons, étourdis ; Et, quand je parle de sagesse, Vous riez à ce que je dis.

On ne m’a pas fait de mensonge : Je fus trop facile et trop doux… Et — je tremble, hélas ! quand j’y songe, Je suis responsable de vous !

Jamais le monde ne fait grâce, Vous le saurez tous, mais trop tard ; Et du châtiment qui menace Le pauvre père aura sa part.

Si par orgueil, ou par paresse, Vous prenez de mauvais chemins, Songez au nom que je vous laisse : Ma mémoire est entre vos mains.

Vous savez le but de ma vie ? C’est vous. Et j’ai mis mon bonheur À travailler, sans autre envie due d’accroître un peu votre honneur.

Vers ce but j’ai marché sans trêve Et j’y marcherai jusqu’au soir. Pauvres enfants, de mon beau rêve Vous pouvez me faire déchoir !

On dira : « Ce n’était, en somme, Qu’un rimeur, à tort à travers ; Mieux vaudrait nous laisser un homme Que ces dix volumes de vers.

Tous ces rimeurs, en vers, en prose, Ils prennent des airs triomphants… Celui-là ne fut pas grand’chose S’il ressemblait à ses enfants. »

Vous ne voudrez pas, je l’espère, Rétifs, joueurs immodérés, Qu’on parle ainsi de votre père Et de ceux qu’il a vénérés.

Nous avons tous, en ce bas monde, Petits et grands, dès le bercail, La même loi simple et féconde : Obéir, aimer le travail.

Travaillez ! des heures d’étude Ne perdez pas un seul instant ; Ce serait une ingratitude Pour celui qui vous aime tant.

Il faut que chacun se surmonte ; Quand je vous vois sots, négligents, Je ne puis pardonner sans honte Même aux yeux les plus indulgents.

Mais il me semble qu’on raisonne Et qu’on sourit… Petits ingrats ! Ne vous montrez plus à personne… Venez vous cacher dans mes bras.

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