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1877

PETIT DOCTEUR

Victor LAPRADE

Cher petit, tu m’as dit souvent Que tu voudrais, pour me complaire, Devenir un docteur savant Et bon, comme le bon grand-père.

Tu voudrais, fidèle aux aïeux, Marcher droit sur leur humble route… Et j’ai des larmes dans les yeux, Mon bien-aimé, quand je t’écoute.

Je tressaille, à ce doux espoir, De joie et d’orgueil tout ensemble, En songeant que je puis avoir, Mon père ! un fils qui vous ressemble.

Tu passeras donc tes beaux jours À te préparer en silence, Libre des vulgaires amours, Par l’étude à la bienfaisance.

La science nous tient rigueur, Il faudra percer ses mystères ; Mais tu sais déjà, dans ton cœur, Que les malheureux sont tes frères.

Prêt à les servir, en tout lieu Tu partageras leurs alarmes, Et chez les pauvres du bon Dieu Tu sécheras beaucoup de larmes.

Le bon grand-père a fait ainsi. Toi, tu l’imiteras sans cesse, N’ayant pas le moindre souci Des honneurs et de la richesse.

Peut-être il te faudra souffrir, Brisant ou ta lyre ou ta plume ; Mais il est plus beau de guérir Que d’imprimer un gros volume.

Cher enfant, ne regrette rien ! Le renom, l’éloge illusoire… Tu vivras en faisant du bien : Va ! c’est la plus solide gloire.

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