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1844

LES CORYBANTES

Victor LAPRADE

Emportez le fils de Cybèle Sur l’Ida, dans un antre vert ; Cachez sa royauté nouvelle Dans le sein fécond du désert !

Dépouillez vite, ô Corybantes, La pourpre des robes tombantes, Dansez sur un mode effréné ! Que la terre de sang rougie

Trompe par une sainte orgie Les yeux de l’Olympe étonné ! Tambours, cymbales et cantiques, Étouffez sous vos bruits mystiques

Le cri du dieu qui nous est né ! Assis sous un ciel taciturne, La mort et l’ennui sur le front, Là-haut, veille le noir Saturne,

Dans la peur de ceux qui naîtront. Sa vieillesse au trône obstinée Croit éluder la destinée Qui nous promet un roi plus doux ;

Aveugle en sa faim parricide, Il fait, auprès d’un berceau vide, Crier dans ses dents les cailloux ; Et sur chaque mère féconde,

Sur chaque enfant qui vient au monde, Il darde un œil sombre et jaloux. Or, dans les profondeurs secrètes Pour le nourrisson immortel,

Les Dactyles et les Curètes Vont, cherchant la moelle et le miel ; D’espoir et d’effroi tout ensemble, Autour d’eux, la nature tremble,

L’onde écume, l’air est en feu ; Mais sur la terre épouvantée, Souriant au lait d’Amalthée, Grandit l’enfant qui sera dieu !

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