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1877

LE PRINTEMPS D’UN PÈRE

Victor LAPRADE

En vain, de sa douce voix, Dans nos bois La brise de mai soupire ; Les chênes, mes vieux amis,

Endormis, Ne savent plus rien me dire. En vain, lorsque je m’assieds, A leurs pieds,

Sourit l’œil bleu des pervenches, Et voltigent les chansons Des pinsons Sur les aubépines blanches.

Avec ses fraîches odeurs, Ses splendeurs, Ses concerts, sa vive haleine, Le printemps, — qui m’enivrait, —

Reparaît Et moi je le sens à peine ! Car je souffre et je suis las ; J’entre, hélas !

Dans la vieillesse inféconde. Par le temps et les soucis, Obscurcis, Mes yeux se ferment au monde.

Mais, si je regarde en moi, J’y revois Verdoyer la Poésie, Sans plus emprunter aux fleurs

Des couleurs, Des tableaux de fantaisie. J’y cueille, au fort des hivers, Pour mes vers,

Mieux que les roses vermeilles, Plus douces que les oiseaux Et les eaux, Des voix flattent mes oreilles.

J’ai dans mon cœur, riche encor, Un trésor ; J’ai ma tendresse infinie ; Sous mon toit j’ai le printemps,

Et j’entends Son éternelle harmonie. Car j’ai vos fredons joyeux. Vos grands yeux

Pleins de sourire et de flammes : J’ai surtout, — perles sans prix, — Mes chéris ! Vos belles petites âmes.

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