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1864

LE NID DE LA MUSE

Victor LAPRADE

— « Où donc la Muse ? Où survit-elle À tous les dieux qui ne sont plus ? Où donc sa retraite immortelle Ouverte à de rares élus ?

Faut-il l’attendre auprès des hommes, Aux lieux que j’aime, où j’ai souffert ? Loin, bien loin du monde où nous sommes, Faut-il la chercher au désert ? » —

Partout, chez l’homme et dans les choses, Sur la cime, au creux du ravin, Dans les cyprès, autour des roses, Partout, chante l’oiseau divin.

Sur la bruyère en chasseresse, En glaneuse au bord des sillons, Sous le bandeau de la prêtresse, Sous la pourpre et sous les haillons ;

Dans la paix et dans la tourmente, Aux jours de deuil, aux jours d’espoir, Oui, la Muse est partout présente, Et sourit à qui sait la voir.

Mais, après maintes nuits d’étude, Peut-être, ô pâle amant de l’art, Dans la foule ou la solitude, Elle n’est, pour toi, nulle part.

Sous ses parures les plus belles, Tu peux, dans son plus frais jardin, Toi qui l’attends, toi qui l’appelles, La coudoyer avec dédain ;

Si, dans ta jeunesse ignorée, Tu ne la vis amante ou sœur ; Si Dieu ne te l’a pas montrée À ton foyer et dans ton cœur.

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