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1864

LA PREMIÈRE NEIGE

Victor LAPRADE

Dans mon verger clos de buis, Où je puis Tout surveiller de ma chambre, Mes deux pommiers — quel malheur ! ―

Sont en fleur… Et nous touchons à novembre. Un caprice, un faux réveil Du soleil

Au printemps leur a fait croire ; Et les fleurs imprudemment, Un moment, Ont blanchi l’écorce noire.

Mes pêchers, mon grand souci, Vont ainsi Rougir dans la matinée Et perdre, à ce jeu trompeur,

J’en ai peur, Leurs fruits de toute une année. Mais un vent souffle du nord, Âpre et fort,

Et les avertit du piège. Tout mon jardin réservé Est sauvé ! Voici la première neige.

Tombe, ô neige ! et tiens couverts Les blés verts, L’espoir des moissons prochaines ; Étends sur eux le duvet

Qui revêt Déjà le front des vieux chênes ! Viens marquer son dernier jour À l’amour ;

Arrête une folle sève : S’il s’est trompé de saison, En prison Viens clore aussi mon doux rêve !

Sur mes cheveux tu descends ; Je t’y sens, O neige ! et je m’en étonne. Le soleil était si chaud !…

Il le faut, Dis-moi bien que c’est l’automne.

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