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1873

LA CHANSON D'HARMODIUS

Victor LAPRADE

Sous des myrtes en fleur vous portiez des poignards ; Nous ferons comme vous, nobles fils de la Grèce ! Un jour la liberté, cette sœur des beaux-arts, Trouvera dans nos vers une arme vengeresse.

Je suis né dans Athène ! Aux champs de Marathon J'ai rêvé, dès l'enfance, une tombe choisie ; Frère d'Harmodius et d'Aristogiton, J'ai voulu de leur glaive armer la poésie.

Oui, cher Harmodius, oui, vous vivez encor ! Vous brillerez encor dans nos Panathénées. On dit qu'avec Achille aux îles fortunées Vous respirez en paix, cueillant les pommes d'or.

Arrachés par la muse à l'inflexible Parque, Vous présidez encore nos jeux et nos festins ; Car Athènes vous doit, ô meurtriers d'Hipparque, Le triomphe des lois et ses libres destins.

'a ces fiers souvenirs revenons, ô poètes ! Faisons mieux qu'assortir de stériles couleurs. Si nos débiles mains ne portent que des fleurs, Les vierges suffiront à présider nos fêtes.

Nous qu'un instinct ramène au pays de Platon, Dans nos gerbes de myrte en silence amassées. Cachons pour l'avenir quelques mâles pensées. Frères d'Harmodius et d'Aristogiton.

Afin qu'un jour venu, réveillé de son rêve. Quelque divin jeune homme, en effeuillant nos vers, Sente et saisisse une arme au fond des rameaux verts. La parole étincelle et frappe comme un glaive !

Sous des myrtes en fleur vous portiez des poignards ; Nous ferons comme vous, nobles fils de la Grèce ! Un jour la liberté, cette sœur des beaux-arts, Trouvera dans nos vers une arme vengeresse.

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