Très bien ! vengez sur le bon Dieu Les dépits causés à Voltaire : Ses amis ont parlé trop peu. Ceux de Jeanne devront se taire.
Vous avez fait un grand effort En interdisant, sur nos places, Avec son vieux refrain de mort Le défilé des populaces ;
Et Paris n'aura pas, ce soir, Le bouquet de leur fête obscène, L'ineffable bonheur de voir Jeter quelque prêtre à la Seine.
Craignant les transports indiscrets Des amis de la tolérance. Vous avez dans les cabarets Relégué leur haute éloquence.
Mais les principes, la raison, L'égalité, le bon exemple, Veulent que le Christ en prison Ne se montre pas hors du temple.
Et, puisqu'ils n'ont pu, sous un dais, Porter l'auteur de la Pucelle, Il faut à tous ces vieux dadais Donner leur revanche contre elle ;
Qu'à la Vierge de Vaucouleurs Nos femmes, nos enfants, personne N'ose apporter les moindres fleurs Et tresser la moindre couronne !
Vos tendres cœurs vont en saigner ; Vous pleurez, la chose est certaine ! Il fallait bien nous enseigner L'égalité républicaine.
Du même droit que les tripots, Les bouges des filles soumises, Si nous payons bien nos impôts, Nous pourrons ouvrir nos églises.
Entre Fénelon et Marat Vous tiendrez la balance égale : Il n'est ni saint ni scélérat Dans la République légale.
Qu'un tel régime a de douceurs, D'espoir, de promesses flatteuses, Plaçant nos mères et nos sœurs De pair avec vos tricoteuses !
Donc, il faut oublier les saints, Les mœurs et la mort de nos pères, Par égard pour leurs assassins… Puis nous verrons des temps prospères.
Je fus presque un de vos amis, Étant l'ennemi de l'Empire ; A vos lois je suis très soumis, Voyant venir une loi pire.
Mais vous réveillez, malgré moi. Flatteurs des bêtes populaires, En outrageant ma vieille foi, L'ardeur de mes vieilles colères.
Vous dites le contre et le pour. Tantôt Voltaire et tantôt Jeanne… Vous escorterez, quelque jour, Le buste de la Marianne.
Là-bas, vos frères égarés Vous tendent les bras de Cayenne ; Rendez ces bataillons sacrés A votre garde citoyenne.
Ils ont beaucoup à faire encor ! Voici l'ère d'amour qui s'ouvre ; Ils vont ramener l'âge d'or… Et vous verrez flamber le Louvre.
En attendant, au grand bazar, tétez l'empereur de la Chine, Les rois, les grands-ducs, le césar. Et courbez devant eux l'échine.
Amphitryons du genre humain, Donnez-leur des fêtes royales ; Et, surtout, grattez, dans la main, Bismarck et le prince de Galles.
Pour que l'étranger sache mieux Qu'il peut, chez nous, se mettre à l'aise. Vous invalidez, sous ses yeux, La grande héroïne française !
Classez-la parmi les suspects ; C'est de la haute politique. Mais renoncez à nos respects Pour vous et votre république.
Je n'aime pas les vers moqueurs ; Mais on nous insulte et je crie ! Vous blessez tous les nobles cœurs ; Car Jeanne d'Arc, c'est la patrie.
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