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1844

L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS

Victor LAPRADE

De la France et du Christ, nous qui suivons l'enseigne, Sachons bien quel vaillant repose en ce cercueil : De nos jours où le bras fléchit, où l'honneur saigne, Jamais soldats sans chefs n'ont mené si grand deuil.

La bataille est plus âpre et le péril augmente ! Où sont le fier évêque et le fier chevalier Qui nous illuminaient dans la sombre tourmente Et nous guidaient d'un geste ardent et familier ?

Dans nos combats pour Dieu, pour les libertés saintes, La mitre étincelait à côté du haubert ; Et ces chères clartés parmi nous sont éteintes… Dupanloup a rejoint, là-haut, Montalemhert !

Ah ! celui-là, c'était un évêque, un apôtre Tendre et fort, vigilant à garder son troupeau ; C'était un cœur français battant comme le nôtre Un citoyen fidèle au pays, au drapeau !

Celui-là n'a jamais, d'ineptes flatteries, Encensé devant Dieu les vainqueurs de hasard ; Pour quelques pans de murs ou quelques broderies, Il n'abaissa jamais sa croix devant César.

Il la porta bien lourde à ses fortes épaules ; Étant, comme jadis ses saints prédécesseurs, Un rude champion du paysan des Gaules Contre les proconsuls et les envahisseurs.

Nul au temps d'Atrila, des Huns et des Tartares, Des froids Teutons, pillards aujourd'hui comme hier, Nul n'a fait, d'un seul geste effrayant les Barbares, Parler à l'Évangile un langage plus fier.

Insultez-le, ce père et soldat de l'Église, Vous qu'on a vus dix ans platement à genoux D'un despote imbécile adorer la sottise… Insultez ce grand mort, il vous fait honte à tous !

Mais toi qui tiens déjà la couronne et la palme. Pardonne, ô bon pasteur, à ton fils irrité ! Vieux et près de te suivre il nous sied d'être calme, Répands, répands sur nous ta vive charité.

Toi qui connus si bien l'âme de notre France, Ne lui montrais-tu pas pour patronne et pour sœur La vierge, le héros fait à sa ressemblance, Qui lutta, qui souffrit avec tant de douceur !

C'est toi qui, devançant l'Église universelle. As dressé son premier et son plus ferme autel A sainte Jeanne d'Arc la sublime Pucelle ; Ton nom reste gravé sur ce bronze immortel.

Je vous vois, près du Christ, priant pour la patrie, Toi l'Évêque et la Vierge, et le preux Chevalier.., Tu bénis de là-haut cette France meurtrie Que, même dans le ciel, on ne peut oublier.

Tes traces sont partout, au Forum, dans les temples. Dans tout ce qui m'émeut, moi chrétien, moi Français, Et mieux que des discours tu laisses des exemples ; Tu montras le devoir, qu'importe le succès !

Va ! tu survis ! hélas ! nul n'est plus de ta taille ; Mais ta race subsiste et tes fils sont nombreux : Ce soir pour le travail, demain pour la bataille. Ton indomptable esprit bouillonne encor chez eux !

Ils retiennent de toi la sincérité fière ; Ton génie est au ciel envolé sans retour. Mais nous avons ta foi, ton espoir, ta bannière, El nous t'imiterons dans ton ardent amour.

Amis ! le jour viendra des victoires complètes, Si de l'enthousiasme on garde encor le feu… Brisés, vaincus, servons, comme ces grands athlètes. Jusqu'au dernier soupir, servons la France et Dieu.

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