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1858

L’ESPRIT DES SOMMETS

Victor LAPRADE

Le livre des hauts lieux plein d’images vivantes Devant toi s’est ouvert ; Tu reçus des torrents, des oiseaux et des plantes. Les leçons du désert.

Aujourd’hui, tu parviens à des sphères plus hautes, Où la terre et le ciel S’embrassent, en mêlant leurs confins et leurs hôtes, Au-dessus du réel.

Dans ce monde, interdit à qui n’a pas des ailes, Tu monteras sans peur ; Il suffit d’évoquer tes souvenirs fidèles ; Je te livre à ton cœur.

Réveille ici les dieux sacrés dans ta mémoire Par l’amour filial, Lorsque tu traversas les sommets de l’histoire En quête d’idéal.

Je les vois, dans mon âme, au-dessus des nuages, Au-dessus des vapeurs de notre temps impur, Les aïeux, les héros ! Ils passent dans l’azur, Leur souffle excite en moi de sublimes orages.

Je viens les contempler, les entendre au désert, Pour que les hauts sapins où l’infini murmure, Les cascades, les vents et la grande nature Accompagnent leurs voix d’un plus digne concert.

Je t’ai vu, tout enfant, pleurer sur mes collines, Ton livre dans la main. Cherchant pour t’approcher de ces âmes divines Quel est le vrai chemin.

Et moi j’ouvre à ton cœur leurs sphères immortelles ; Viens les aimer de près, Et leur parler toi-même, et te baigner comme elles Dans mes saintes forêts.

Viens, assis sur les fleurs, près de l’onde écumante, Respirer tout l’été L’esprit qui les supporte et qui les alimente Dans leur éternité.

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