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L’ENFANT GRONDÉ

Victor LAPRADE

Je t’ai grondé !… trop fort peut-être ! Et je me sens tout soucieux En voyant grossir dans tes yeux Ces deux larmes que j’ai fait naître.

Je m’étais trop vite irrité D’un tort pur de toute malice : C’est oubli, c’est légèreté, Et ton cœur n’était pas complice.

Je t’aurai dit, dans mon émoi, Quelque vive et dure parole… Mon bon enfant que je désole, Va ! j’en souffre encor plus que toi.

Qu’il en coûte d’être sévère ! Tâche, ami, de te souvenir Du chagrin que se fait ton père Quand il faut gronder et punir.

Garde sa douloureuse image Dans ton petit cœur bien aimant ; Si tu songes à ce moment, Tu seras toujours, toujours sage !

Oh oui ! c’est la dernière fois Que tu fais mal et que je gronde. Tu m’as bien compris, je le vois ; Tu relèves ta tête blonde,

Tu t’élances sur mes genoux… Viens, viens ! c’est moi qui te rappelle ; Vite, oublions notre querelle, Mon cher petit, embrassons-nous !

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