Fils des Francs ! aimons notre épée ; Son acier nous va mieux que l'or ; Et Dieu, qui l'a si bien trempée. Veut, par nous, s'en servir encor.
La paix, ici-bas, n'est qu'un rêve. Un peuple en abdiquant le glaive Abdique et son nom et ses droits. Malheur aux races amollies
Reniant leurs saintes folies, Et brisant l'épée ou la croix ! Toi qui du glaive des ancêtres Trouves le fer lourd à ta main,
Apprends à ramper sous des maîtres Tu seras esclave demain. Dieu nous donne à chacun nos armes ; La vierge a l'éclat de ses charmes,
Ses yeux invitant au bonheur ; Un respect entoure l'enfance, Elle a ses larmes pour défense… L'homme a son épée et l'honneur.
L'acier porté par l'homme libre N'insulte pas à l'innocent ; Sa vertu vient faire équilibre Entre le faible et le puissant.
Guerrier ! moi, j'ai lu dans ton âme Brillante aux yeux comme ta lame ; Dès longtemps j'ai su te chérir ; Quand j'érige ici ta statue,
Ce n'est pas à l'homme qui tue. Mais à l'homme qui sait mourir. Celui qui frappe avec le glaive Périt par le glaive à son tour ;
Il le sait ! la mort qui l'enlève L'a vu sourire avec amour. Pour aller où l'attend le sage, Il choisit le plus court passage,
Toujours prêt quand il faut partir ; Baptisé dans le sang qu'il donne, Il reçoit, là-haut, sa couronne Des mains du Dieu qui fut martyr.
Oui, même aux jours vils où nous sommes, L'empire est au plus généreux ; Et ceux-là seront rois des hommes Qui ceindront le glaive pour eux.
Car tu n'es pas, ô noble épée, Tu n'es pas la force usurpée Du bras qu'un hasard fait vainqueur ; C'est l'âme, après tout, qui te porte ;
Tu n'obéis qu'à la plus forte, Et tu vaux ce que vaut le cœur. J'aime à voir jaillir l'étincelle Du casque et des glaives d'acier ;
La splendeur dont l'arme ruisselle Vient d'ailleurs que du fer grossier. Dans l'éclair des lames guerrières J'ai puisé de saintes lumières.
J'ai lu patrie, honneur et foi ; Et j'entends, au choc des armures, Parler, plus haut que mes murmures, Un Dieu qui se réveille en moi.
La nature en nos mains abdique.. Tu le dis, orgueilleux savoir ! Mais le fer de l'âge héroïque Est le ressort de ton pouvoir.
Toi, poète, en ton vain délire, Sais-tu pourquoi l'or de ta lyre Conserve encore une vertu ? C'est que tu naquis de l'épée,
Et que tu vis sur l'épopée Où tes pères ont combattu. En brisant leurs lances hautaines, Crois-tu, dans ta sainte ferveur,
Rompre aussi le faisceau des haines Et foncier la paix, ô rêveur ? Crois-tu que ta voix fera taire, Mieux que le clairon militaire,
Les clameurs des ambitions, Et qu'une plume de ton aile Renversera l'hydre éternelle Qui surgit de nos passions ?
Non ! le soldat fier de lui-même Gardera sou fer sans remords ; Sa main n'est pas la main qui sème Les cruels ferments de la mort.
Quand l'éclair des armes de guerre, Éteint dans ta forge vulgaire, N'offusquera plus tes regards, Crains de voir s'allumer sans nombre
Et luire, à chaque pas, dans l'ombre, L'affreuse lueur des poignards. Malheur au peuple de faux sages Qui déposera le premier
Le glaive sacré des vieux âges Et l'orgueil du noble cimier ! En vain sur la terre il déploie Ses beaux tissus d'or et de soie ;
Il roule sur des chars de feu ; Le monde entier court à ses fêtes. Et l'on demande à ses prophètes Ce qu'ils daignent penser de Dieu.
Tous ces trésors dont lu te pares, O toi qui ne sais plus mourir ! Ils appartiennent aux barbares S'ils veulent bien les conquérir.
Vantez-moi tous vos arts serviles ! J'entends, aux portes de vos villes, Des pieds lourds chaussés d'éperons ; Et les esclaves des Vandales
Viennent essuyer leurs sandales, O rêveurs, sur vos nobles fronts. La science est là qui nous raille, Sans voir à deux pas le tombeau,
Lorsqu'avec un fer de bataille Tu forges quelque outil nouveau. Va ! sous sa forme pacifique, L'acier que ta mollesse abdique
Devient plus homicide encor ; Poussé par ta sombre avarice, Il sacrifie à chaque vice, Et nous frappe aux pieds du veau d'or.
Mais restons ceints du glaive, ô frères ! L'étranger fût-il endormi… Troublé par mille instincts contraires. Chacun porte en soi l'ennemi.
Toujours quelque horde sauvage Rôde en nos cœurs et les ravage, Les incline au joug de l'enfer ; Trop souvent nous sentons notre âme
Se prendre à quelque nœud infâme Qu'il faut trancher avec le fer. Donc, ô vous, restez ceints du glaive. Fiers amants de la liberté !
La vie est un combat sans trêve Pour le droit toujours insulté. Restez armes en sentinelles, Amis des gloires éternelles,
Luttez pour les cœurs défaillants ; Veillez dans votre armure austère ; Dans le ciel comme sur la terre La paix n'appartient qu'aux vaillants.
Gloire à l'épée ! il faut encore, O ma France, en charger ta main ! L'éclat du fer qui te décore Est le soleil du genre humain.
Tout va crouler si tu chancelles ; Ta parole a des étincelles Sans qui tout n'est qu'obscurité ; Et, quand tu gardes le silence.
Un rayon du bout de ta lance Éclaire encor la vérité. D'autres sur le luth d'Ionie Peindront mieux les molles douleurs,
Diront avec plus d'harmonie L'accord des sons et des couleurs. Mais toi, France, ouvrant ta poitrine, Verse ton sang et ta doctrine,
Par qui tout l'univers se meut. Ta croisade n'est pas fermée ; Sois toujours la parole armée, Et frappe en criant : Dieu le veut !
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