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1864

COUCHER DE SOLEIL

Victor LAPRADE

Voilà le soleil qui décline ; Le jour s’est déjà retiré Du ravin et de la colline ; Le grand mont seul reste éclairé.

L’ombre a noirci la plaine entière, Tout le pays d’où je reviens, L’étang, le clocher, la chaumière, Tout lieu cher dont je me souviens,

Les nids épars de mes colombes, Mes verts sentiers près du ruisseau, Le champ où mes morts ont leurs tombes, L’humble ville où j’eus mon berceau.

La nuit reprend, de place en place, Tout mon Éden, tous mes beaux jours ; Plus rien n’a conservé ma trace ; L’oubli s’est fait sur mes amours.

Je cherche, en vain, dans l’étendue Un doux rêve, un tableau joyeux ; La brume est déjà répandue Sur mon cœur, comme sur mes yeux.

Si je veux, dans sa clarté pleine, Revoir le soleil créateur, Je tourne le dos à la plaine Et regarde vers la hauteur ;

Et, sans plus fouiller ma mémoire, Au-devant du monde futur Je vole, oubliant mon histoire, Je nage à travers l’esprit pur.

Là-haut je retrouve une aurore : En vain, le monde est rembruni, Je vois, j’aime et j’espère encore, Dès que j’aperçois l’infini.

Je garde, au couchant de mon âme, Un clair sommet dans un ciel bleu, Un phare, un rayon, une flamme… C’est votre pensée, ô mon Dieu !

C’est l’amour, le beau manifeste Qui brille en moi quand tout est noir, C’est l’éternel vrai que j’atteste En fermant les yeux pour le voir ;

C’est la clarté surnaturelle Qui vers les hauts lieux me conduit, Jour que mon âme porte en elle Et qui n’aura jamais de nuit.

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