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1844

CANZONE

Victor LAPRADE

Je voudrais vivre à ses genoux Comme un frère soumis et tendre, Et, sans rêver bonheur plus doux, Toujours la voir, toujours l'entendre.

Mais le ciel me compte à regret L'or de ces heures fortunées, Et ma Béatrix m'apparaît Quelques jours en plusieurs années.

Rapide, à mes yeux éblouis Elle entr'ouvre à peine son voile, Debout et blanche comme un lis Et lointaine comme une étoile,

Je voudrais d'elle tout savoir ; Mais son cœur persiste à se taire : Il est fier comme le devoir, Attrayant comme le mystère.

Pourtant, malgré sa rareté. Malgré son silence lui-même. Je connais la chaste beauté Et je sais bien pourquoi je l'aime.

Elle aspire à ne montrer rien Des splendeurs que mon vers proclame. A travers son discret maintien J'ai lu dans le fond de son âme.

Nul rideau n'a pu me celer Ses trésors d'esprit et de flamme… A travers son discret parler J'ai lu dans le fond de son âme.

Il suffit de quelques éclairs Pour trahir l'ange sous la femme… A travers ses yeux doux et clairs J'ai lu dans le fond de son âme.

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