Je voudrais vivre à ses genoux
Comme un frère soumis et tendre,
Et, sans rêver bonheur plus doux,
Toujours la voir, toujours l'entendre.
Mais le ciel me compte à regret
L'or de ces heures fortunées,
Et ma Béatrix m'apparaît
Quelques jours en plusieurs années.
Rapide, à mes yeux éblouis
Elle entr'ouvre à peine son voile,
Debout et blanche comme un lis
Et lointaine comme une étoile,
Je voudrais d'elle tout savoir ;
Mais son cœur persiste à se taire :
Il est fier comme le devoir,
Attrayant comme le mystère.
Pourtant, malgré sa rareté.
Malgré son silence lui-même.
Je connais la chaste beauté
Et je sais bien pourquoi je l'aime.
Elle aspire à ne montrer rien
Des splendeurs que mon vers proclame.
A travers son discret maintien
J'ai lu dans le fond de son âme.
Nul rideau n'a pu me celer
Ses trésors d'esprit et de flamme…
A travers son discret parler
J'ai lu dans le fond de son âme.
Il suffit de quelques éclairs
Pour trahir l'ange sous la femme…
A travers ses yeux doux et clairs
J'ai lu dans le fond de son âme.