Bons Allemands, on vous faisait injure : On vous tenait pour un peuple penseur ; On vous aimait chez nous, je vous le jure ; De votre Muse on vantait la douceur.
Et le Français, peuple vain et frivole, Mais fort épris et de science et d'art. Très humblement allait à votre école Chez Kant, Schiller, Hegel, Gœthe et Mozart.
Il vous disait humains, loyaux, honnêtes… Pardonnez-nous ces mauvais sentiments ! Nous savons mieux enfin ce que vous êtes, Bons Allemands, bons Allemands !
Déjà deux fois sur le sol de la France Un Bonaparte, hélas ! vous amena : Juste retour ! vous aimez la vengeance, Et Waterloo payait pour Iéna.
Depuis ce temps, les Muses immortelles Semblaient nous faire amis, quoique rivaux ; L'Europe avait oublié ses querelles En soixante ans de paisibles travaux.
Il nous suffit, à nous, d'un peu de gloire Pour couper court aux vieux ressentiments. Mais vous avez une longue mémoire, Bons Allemands, bons Allemands !
Peuple penseur !… il pense à ses rentrées ; Il a le don du vol intelligent, Et ses fureurs sont bien administrées ; Dans la victoire il voit surtout l'argent.
Nous l'avons eu chez nous, commis tranquille, Ouvrier lourd ; on se fiait à lui ; Il a tenu nos caisses par la ville, Hier espion et voleur aujourd'hui.
Il nous revient le sabre sur les côtes ; Il sait l'endroit des tiroirs verrouilles. Bons Allemands, nos voisins et nos hôtes, Pillez, pillez, pillez, pillez !
Vous triomphez… honneur à la science ! Le fer en main, nous vous gênions souvent Lorsqu'on luttait à force de vaillance ! Vous combattez de loin, c'est plus savant.
Pour l'écraser sous vos bombes en flammes, Vous choisissez, ô généreux vainqueur. Le pauvre toit, plein d'enfants et de femmes, Plus sûr alors de nous frapper au cœur.
C'est pourtant nous qui restons les barbares, Luttant de près comme aux temps reculés. Bons Allemands, frères des bons Tartares, Brillez, brillez, brûlez, brûlez !
Vous avez mis contre nous en campagne Bourgeois, vilains, étudiants, vieillards, Landwehr, landsturm, toute votre Allemagne, Tous vos pédants devenus des soudards
Mais par vos lois — car vous êtes les maîtres — De nous défendre il nous est défendu : Nos francs-tireurs sont jugés comme traîtres, Le paysan qui les cache est pendu.
Le droit n'est rien, la force est souveraine : Vous êtes forts, nous sommes condamnés. Bons Allemands, contentez votre haine. Assassinez, assassinez !
Bons Allemands, je n'ose pas redire, Même en latin, tous vos autres exploits ; L'histoire un jour les devra tous écrire, Mais un poète y salirait sa voix.
Puis vos Gretchens, vos chastes Dorothées N'y croiraient pas, connaissant votre ardeur Thécla, Mignon en seraient attristées, Et je me tais… respect à la pudeur !
Mais on saura des horreurs sans pareilles : Chanteurs de lieds, purs et discrets amants, Vous resterez les héros de Bazeilles… Bons Allemands, bons Allemands !
Bons Allemands, belles âmes loyales, Penseurs, docteurs, philosophes en us ! Au temps des Huns, des Goths et des Vandales, Grâce à vous seuls, nous voilà revenus.
Vous avez fait d'une sotte querelle Cent ans de haine et d'une guerre à mort ; Ainsi le veut l'histoire naturelle, où le plus faible est mangé par le fort.
Vous avez dit : Plus de race latine ! Mais la fortune a ses revirements. Debout, Français !… et qu'on vous extermine, Vils Allemands, vils Allemands !
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