Chez le Dieu bon en qui je crois, Que j'aime et devant qui l'on tremble Quand, sous le signe de la croix, Nous nous réveillerons ensemble,
A travers les cieux infinis, Possédant la clarté suprême, Nous monterons, tous réunis… Mais chacun restera lui-même.
Chaque âme, au fond du firmament, Dans l'astre où Dieu l'aura placée. Vivra, régira pleinement Son vouloir, son cœur, sa pensée.
Elle emportera d'ici-bas Tout son être, hormis la souffrance Plus de soucis, plus de combats. Mais le travail et l'espérance.
Là-haut, notre sang et nos pleurs Iront, rubis et perles fines. Orner les couronnes de fleurs Qui furent nos bandeaux d'épines.
Tout, si bien, sera transformé Qu'avec nos plus terribles heures, Pour peu que nous ayons aimé, Dieu, là-haut, fera nos meilleures.
Chaque douleur aura son prix : Et les voluptés mensongères, Nos souvenirs les plus chéris Pâliront près de nos misères.
Passez donc, perdus pour le ciel, Heures d'amour, rêves de gloire, Sourires plus doux que le miel, Envolez-vous de ma mémoire !
Ces nœuds chers qu'il faut délier, Tranchons-les vite aux pieds du Maître… Mais, avant de tout oublier, Les adieux sont permis, peut-être ?
Revenez encore une fois Traversez mon cœur, doux visages, Chênes sacrés, mousses des bois, Petites fleurs, grands paysages !
Je veux un instant tout revoir Et la ville et mes solitudes, Les salons, mon humble manoir. Mes tableaux, mes livres d'études.
J'étais né fidèle à jamais. Mon souvenir fort et tenace Étreint ce passé que j'aimais. Mes amis, ma terre et ma race.
De mon cœur je ferai le tour Et, dans le recoin le plus sombre. Mes adieux de mort et d'amour N'omettront pas une seule ombre.
Je vous revois, êtres sacrés. Vous gardez encor tous vos charmes ! J'adresse à vos fronts adorés Ces vers, mes baisers et mes larmes.
Sites chéris, chers compagnons, Amis sans peur et sans reproche, Je veux dire ici tous vos noms… Il faut s'arrêter… l'heure est proche.
Mais, au bord de l'éternité, Tant que je suis encor moi-même Tout mon cœur vous sera jeté Tout dans ces seuls mots : Je vous aime
Assez !… quitte en paix ce bas lieu Plein d'espoir, d'un espoir immense. J'ai fini… me voilà, mon Dieu ! Je m'abandonne à ta clémence.
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