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1844

AU PRINTEMPS

Victor LAPRADE

Sors de ta ruche obscure et vole, ô jeune essaim ! Doux rêves que l’hiver enchaînait dans mon sein, Allez, chantez sur l’aubépine ! Le soleil vous invite, ô mes oiseaux chéris ;

L’herbe est verte aux sillons, et les pêchers fleuris Teignent de rose la colline. Pour me les dire après, écoutez tous les sons ; Volez du thym au myrte, et du chêne aux buissons ;

Effleurez de vos pieds l’eau vive. La fumée a terni votre aile aux cent couleurs ; Baignez-vous dans l’air plein d’ineffables senteurs : L’âme s’y lave et s’y ravive !

Dansez sur les rameaux jaillissants ou ployés ; Buvez-y la rosée et la sève. Voyez Dans le berceau de toutes choses ; Voyez les nids se faire et les bourgeons s’ouvrir,

Voyez comment l’on aime et comme on doit fleurir, Ô mes colombes, ô mes roses ! Car c’est le beau printemps, charme de l’univers ! Ô mes rêves, partez ! les jardins sont ouverts

Où l’abeille se rassasie ; Puisez à tout calice, allez dans les ravins, Sur les coteaux de vigne et sous les noirs sapins ; Allez chercher la poésie !

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